Garantir l'efficacité opérationnelle et la robustesse des choix technologiques exige de suivre de près les mutations de notre écosystème. Dans une récente tribune publiée dans le Journal du Net (JDN), intitulée « Service as a Software : l'IA signe-t-elle la revanche des sociétés de services ? », j'évoquais ce changement de paradigme historique.
Il y a quinze ans, l'investisseur Marc Andreessen théorisait pourquoi le logiciel dévorait le monde : « software is eating the world ». En 2026, l'IA agentique inverse la tendance et redonne ses lettres de noblesse aux entreprises de services.
Cet article prolonge ma tribune pour analyser comment ce modèle hybride transforme concrètement la gestion des compétences, des données et des trajectoires produits.
De l'usine à TJM au consultant-parapluie : un modèle à bout de souffle
Au début de ma carrière d'ingénieur, je percevais le monde du conseil comme un collectif de professionnels capables de résoudre des défis architecturaux complexes.
La réalité opérationnelle a pourtant évolué différemment.
Le secteur s'est progressivement transformé en une industrie du TJM, où l'enjeu principal est devenu le volume de lignes de code produites plutôt que l'impact réel sur la qualité du produit. Un modèle qui a longtemps réduit les ESN et agence de dev à un simple réservoir de main-d'œuvre pour pallier les retards de projets.
Cette dérive a favorisé l'apparition du « consultant-parapluie ».
Ce phénomène se traduit par le recrutement de prestataires externes non pas pour leur expertise brute, mais pour valider des choix managériaux existants ou servir de fusible en cas d'échec. Faire appel une structure tierce pour se « rassurer » traduit souvent un manque de confiance interne.
L'industrialisation de l'IA rend aujourd'hui ce fonctionnement obsolète. Ce qui change profondément, c’est que les sociétés de services ne vendent plus seulement des heures humaines, mais une capacité augmentée et industrialisée.
La bascule du SaaS vers le Service as a Software
Les mutations récentes du marché confirment l'obsolescence de la simple mise à disposition de personnel. Des analyses économiques publiées dans Les Echos ainsi que les thèses du fonds Sequoia Capital « Services: The New Software » décrivent la même rupture : l'IA générative transforme les fondamentaux du développement.
Durant la dernière décennie, la norme reposait sur le modèle SaaS → Software as a Service.
Les entreprises achetaient une licence, puis formaient leurs équipes en interne pour tenter d'en tirer de la valeur, souvent au prix d'une lourde dette technique. Le concept de « Service as a Software » change la donne. Les directions techniques n'achètent plus un outil à configurer, elles exigent un résultat fonctionnel.
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L'émergence du modèle hybride : exécution contre jugement
Sur le terrain, la valeur ne vient plus uniquement du logiciel d’un côté ou de l’expertise humaine de l’autre. Mais de la combinaison des deux, nourrie par la donnée métier et les usages clients réels.
Preuve de cette convergence : OpenAI et Anthropic se lancent dans le consulting, comme le souligne le média Le Mag IT.
Julien Bek, associé chez Sequoia Capital depuis 2023, résume parfaitement cette dynamique : « la prochaine entreprise à atteindre une valorisation de 1 000 milliards de dollars sera une société de logiciels se faisant passer pour une entreprise de services ».
L'automatisation ne supprime pas le besoin d'ingénieurs, elle déplace leur valeur ajoutée. Le travail technique se sépare désormais en deux activités bien distinctes :
- L'exécution technique : Écrire du code standard, générer des tests unitaires ou corriger des anomalies courantes relève désormais des agents autonomes et des outils d'assistance. L'ingénieur n'est plus un simple codeur, il pilote ces collègues numériques.
- Le jugement stratégique : C'est ici que les services et l'ingénierie logicielle se rejoignent. Les acteurs qui utilisent l’IA non pas comme un simple outil de productivité, mais pour repenser leur proposition de valeur, transforment profondément leur modèle économique. L'effort se concentre désormais sur l’orchestration, le conseil d'architecture, la gouvernance de l'IA, la gestion de la data, la cybersécurité et l’intégration métier.
🔎 Checklist : structurer son équipe tech sous le concept « Service as a Software »
- Capacité augmentée : vos prestataires actuels vous facturent-ils au temps passé ou à la capacité de livraison industrialisée ?
- Alignement data-métier : vos profils dev externes sont-ils nourris par vos données métiers et vos usages clients réels ?
- Gouvernance et sécurité : votre partenaire maîtrise-t-il l'orchestration d’agents autonomes et la sécurité de vos infrastructures ?
L'approche Novity : l'ingénierie collaborative sur le terrain
Nous avons créé Novity en 2019 précisément pour contrer les dérives de la sous-traitance à la demande.
Notre méthode repose sur un principe clair : une collaboration technique ne doit pas se résumer à déléguer des profils interchangeables.Une méthodologie axée sur la co-responsabilité :
- Challenger le besoin : chaque projet commence par une compréhension de votre environnement et des leviers d’accélération, pour cibler les bonnes compétences.
- Hybrider les compétences : nos ingénieurs intègrent les outils d'IA pour automatiser la production et consacrer leur temps à l’amélioration et aux choix d'architecture.
- Garantir l'évolutivité : l'objectif est de sécuriser vos livraisons, de documenter et de transmettre pour pérenniser votre socle technique.
Sources
- Les Echos, Charlie Perreau - « Pour une fois, on est sexy » : l'IA ou la revanche des entreprises de services informatiques
- Silicon.fr - Les services, nouvel eldorado de l’IA
- LeMagIT - OpenAI se lance dans le consulting, Anthropic aussi
- JDN, Tribune de Xavier Lernould - Service as a Software : l'IA signe-t-elle la revanche des sociétés de services ?



